TBS PRESS

Qui sommes-nous ?

Une dizaine d’étudiants ultra motivés d’horizons divers qui se rencontrent ça donne ça : un blog éclectique, alimenté chaque semaine, et qui s’adresse à toi, oui toi, petit étudiant de TBS qui as soif de curiosité !

Archives

La véritable blitzkrieg mise en place par l’équipe d’Emmanuel Macron durant la campagne laisse aujourd’hui place à un vrai vide politique. Entre la déliquescence de l’opposition et l’amateurisme du groupe parlementaire, les conséquences de la victoire jupitérienne se font ressentir sur l’ensemble du paysage national. Soubresauts d’une vie politique marquée par les affaires, l’élection du désormais Président Macron marque le changement d’une époque. Il faut dire que son accession au trône de la République fut chose aisée. Entre une gauche déchirée par 5 ans de Hollandisme et un parti de droite décimé par les affaires Fillon un véritable boulevard s’est ouvert pour le candidat Macron. Cet alignement, (suspect ?), des planètes a permis au candidat et à son équipe d’atteindre l’Elysée.

Alors que la rentrée gouvernementale s’est déroulée le 28 août, il convient de faire un premier état des lieux de la présidence Macron. C’est en effet une réorganisation sociétale et politique qui avait été promise et celle-ci a bien eu lieu. Un programme ouvertement néo libéral, apparition d’un nouveau groupe parlementaire, implosion de tout groupe d’opposition, remodelage de la stature présidentielle -pour un retour à une image historique du président monarque- sont les apanages de la, nouvellement, Start-Up nation.

Un parti à l’image du Roi

« J’ai mis du temps, j’ai réfléchi, j’ai associé beaucoup de gens et j’ai décidé qu’on allait créer un mouvement politique nouveau. ». C’est par ces mots que commence Emmanuel Macron son allocution lors de la soirée de lancement de son parti En Marche ! (EM). Quoi de plus logique qu’un mouvement portant les initiales du maître pour montrer le véritable enjeu de celui-ci ? S’affranchissant de la barrière gauche/droite, l’ancien Ministre laissera flotter le (faux) doute quant à ses intentions pour 2017. A partir de ce moment, la machine En Marche ! était lancée. 15 millions d’euros levés auprès d’investisseurs en tout genre (banquiers, entrepreneurs, personnalités…) -révélés par les Macronleaks[i]-. 15 millions d’euros pour qu’un parti se forme ex-nihilo.

L’incroyable bulldozer EM s’est créé sur un espoir apporté à la base militante : l’espoir d’une plus grande démocratie participative, d’un renouvellement d’une classe politique âgée et attachée à ses privilèges. Il convient de constater qu’En Marche ! -devenue La République En Marche (LREM)- est tout sauf un exemple de démocratie participative. La fronde des militants face à la centralisation des décisions se fait de plus en plus grande[ii]. Cette grogne s’est notamment révélée lors des législatives ou les candidats ont été choisis depuis Paris. Cette décision fait fit de toute réalité de terrain, mais surtout du travail des militants fait non pas pour le mouvement, mais pour un idéal. En somme, LREM fait comprendre à ses militants qu’elle n’est pas qualifiée pour décider, mais juste exécuter les tâches ingrates de la campagne.

La figure d’Emmanuel Macron est centrale dans l’organisation du parti. En centralisant chaque décision, chaque nomination, c’est bien le désormais Président de la République qui décide d’absolument tout. Le Roi Macron place les pions de sa majorité, une majorité malléable qui ne se rebellera pas, à l’instar des frondeurs du Hollandisme. Le Fantasme de la démocratie directe prend fin avec le couronnement du monarque le 14 mai 2017. Dans la France macronnienne, le peuple se voit confisqué le pouvoir et c’est bien l’exécutif qui choisit le législatif, non le peuple.

Une majorité (dis)qualifiée

Cette formation LREM façonnée par l’architecte Macron est directement issue de la société « civile ». Avec une très large majorité, à laquelle le groupe des Constructifs se sont ralliés (par opportunisme ?), le Président a les coudées franches pour adopter son projet de société. Ce ne seront pas les 46 députés PS/PRG/DVG, les 118 députés LR/DVD ou même les 8 députés FN[iii] qui empêcheront quelconques réformes de passer. Il faut reconnaître que Macron a réussi son pari : décomposer totalement l’élite et le paysage politique français ainsi que mettre un terme au bipartisme en France.

La rapidité d’exécution du plan Macron entraine néanmoins de nombreux problèmes. En effet la politique nécessite clairement une certaine expérience, permettant de connaître les arcanes du pouvoir. La politique est professionnalisée car profonde et complexe. Même s’il faut dénoncer ceux qui s’accrochent indéfiniment à leurs mandats, un total néophyte ne pourra exercer pleinement ses fonctions. Ces professionnels, avec leurs connaissances, avaient les moyens de mettre des bâtons dans les roues à l’exécutif. Le Président Macron l’a bien compris. En propulsant des néophytes aux portes du pouvoir législatif, celui-ci s’assure de leur loyauté et surtout nomme leurs conseillers et chefs de cabinets, perpétuant ainsi la phagocytose du pouvoir par une certaine élite, formée dans les mêmes écoles et par les mêmes instances. En somme, LREM a mis sur pied le parlement si cher à Boris Eltsine « Un bon parlement, un parlement qui vote les lois et qui ne fait pas de politique. ».  Il en résulte une réelle cacophonie au Parlement, illustrant le parfait amateurisme de ces députés[iv], qui se fait aussi ressentir en dehors de l’hémicycle. Ces députés qui se sentent hors-système, sont bien partie intégrante du système, ce qu’ils n’intègrent -ou font semblant- toujours pas. Cette stratégie vise à la domination de la classe bourgeoise propriétaire et parfaitement intégrée dans la mondialisation, représentée par les députés de la majorité. Il ne fait aucun doute que LREM nous gratifiera d’autres coquecigrues similaires au cours du mandat 2017-2022.

La situation n’est pas non plus reluisante à Matignon et dans les différents ministères. Avec un Premier Ministre rallié sur le tard, Edouard Philippe manque encore de crédibilité aux yeux des Français, de sa propre majorité et surtout aux yeux des militants. Ses ministres manquent de l’expérience du pouvoir et déjà des affaires remontent, mettant à mal ces ministres qui « n’ont rien à se reprocher »[v].

De l’hyperprésence du candidat à l’hypoprésence du Président

Durant la campagne, c’est aussi l’image que le candidat Macron avait voulu donner. Transparence sur sa vie, sur son niveau d’imposition… On peut dire que le candidat brillait par sa volonté de se rapprocher de ces militants et électeurs. Mais l’élection en tant que Président marque un revirement abrupt de la stratégie de communication du couple désormais présidentiel. Parole rare de la figure suprême de la nation, apparitions millimétrées et silencieuses, pensée trop « complexe » pour être partagée… le Président Macron se fait remarquer par son absence. Cependant, cette absence n’est que physique. En effet le Président jupitérien brille par son omniprésence dans l’absence. On voit la main et la décision de l’Elysée partout. Cette schizophrénie macronnienne est l’une des causes de la chute de la confiance des français envers le couple de l’exécutif. 

Et soudain, une clameur se fit entendre : « Jean-Luc bomaye »

On peut alors se demander à qui profitera cette défiance envers le Président et son Premier Ministre. Il est clair que l’opposition dite traditionnelle n’est plus dans la course. Après leur auto-sabordage, Les Républicains (LR) et le Parti Socialiste (PS) ne sont même plus comptés comme des forces politiques majeures. Les dernières gesticulations des Républicains pour la course à la tête du parti ressemblent plus à des soubresauts funestes d’un ancien colosse dépassé par la « marche du progrès » qu’à un vrai parti politique.

Il en est de même pour le Front National (FN). Après l’incroyable espoir qui avait traversé ses rangs au soir du premier tour (21,30%)[vi], le retour à la réalité fut rapide, mais surtout brutal pour les militants du Front. Au soir du débat du deuxième tour, les conseillers et militants ont pu admirer le naufrage du navire FN en direct à la télévision. Le capitaine Marine Le Pen (MLP) montra à la France entière son incompétence, son manque de préparation et son incompréhension des débats sociétaux ainsi qu’internationaux actuels. Après un résultat plus que décevant aux législatives, MLP tente aujourd’hui de s’incarner comme une force d’opposition majeure. Force est de constater qu’encore une fois, elle échoue et se donne en spectacle à Brachay. Ses troupes n’y croient plus et MLP entérine la fin du FN[vii], aidé par son fidèle ex-lieutenant Philippot qui claque la porte.

Seul Jean-Luc Mélenchon et sa France Insoumise (FI) semblent bénéficier de vents favorables, à l’orée de cette nouvelle ère[viii] qu’incarne la présidence Macron. Jouissant d’une popularité croissante, le groupe FI multiplie les coups de communications et s’impose petit à petit comme étant la formation d’opposition de ce mandat. L’émergence de nouvelles figures, tel Adrien Quatennens, renforce cette importance. D’ailleurs le groupe se tient prêt à prendre les rênes du pouvoir au cas où le peuple français désapprouverait massivement le Président Macron. Néanmoins, on peut s’interroger sur la réelle possibilité pour le groupe FI de gouverner. Les promesses de campagnes et autres convictions résisteraient-elles à la réalité du pouvoir ? Rien n’en est moins sûr.

Finalement, l’élection d’Emmanuel Macron à la tête du pays bouleverse aussi bien les équilibres politiques que l’organisation du pouvoir. Son projet de société vise à altérer en profondeur les « dysfonctionnements » qui empêchent la France de retrouver la voie du « progrès et de la croissance ». Un véritable chambard sociétal est En Marche !. Le Président aura à faire pour remonter la pente et faire oublier ses erreurs de début de mandat. Néanmoins, un groupe peut tirer son épingle du jeu politique actuel, c’est celui de la France Insoumise. Il y a forte à parier que les députés de la FI ne retiendront leurs coups face à un Jupiter acculé dans les cordes du ring politique.

[i]https://www.mediapart.fr/journal/france/210517/macron-leaks-les-secrets-dune-levee-de-fonds-hors-norme?onglet=full

[ii]http://www.francetvinfo.fr/politique/emmanuel-macron/info-franceinfo-des-adherents-en-marche-en-colere-contre-le-manque-de-democratie-interne-ecrivent-a-macron_2363305.html#xtor=CS1-746

[iii]https://www.marianne.net/politique/resultats-definitifs-elections-legislatives-2017-voici-la-nouvelle-assemblee-nationale

[iv]http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/07/27/des-deputes-de-la-majorite-rejettent-par-erreur-un-article-de-la-loi-de-moralisation_5165841_823448.html

[v]http://www.bfmtv.com/politique/macron-a-las-vegas-penicaud-martele-n-avoir-rien-a-se-reprocher-1213169.html

[vi]http://www.lemonde.fr/data/france/presidentielle-2017/

[vii]http://www.lemonde.fr/politique/article/2017/09/09/marine-le-pen-fait-sa-rentree-politique-a-brachay_5183348_823448.html

[viii]http://www.ifop.com/?option=com_publication&type=poll&id=3831