TBS PRESS

Qui sommes-nous ?

Une dizaine d’étudiants ultra motivés d’horizons divers qui se rencontrent ça donne ça : un blog éclectique, alimenté chaque semaine, et qui s’adresse à toi, oui toi, petit étudiant de TBS qui as soif de curiosité !

Archives

 La Fake News, une considérable réalité.

La campagne d’Emmanuel Macron a été partiellement financée par l’Arabie Saoudite dénonce Marion Maréchal-Le Pen en mars 2017, en s’appuyant sur le site internet du quotidien belge Le Soir ; or il s’avère que c’est sur une page web fake de ce journal que la députée FN s’est malencontreusement inspirée. Voilà, l’exemple parfait du déploiement d’une fake news (que l’on pourrait traduire par « désinformation » ou « fausse nouvelle »). Cette dernière est une information partiellement voire totalement fausse provenant, le plus souvent, de médias ou de personnes influentes. Volontaire à l’origine, l’aura de la fake news est relayée par l’incrédulité de ceux qui s’y prêtent à y croire et peut ainsi prendre une dimension planétaire, notamment via les réseaux sociaux, avant que l’imposture ne soit démasquée. La fake news tire donc largement parti de la rapidité de circulation de l’information de notre siècle pour nuire à la masse et profiter, financièrement et/ou politiquement, à celles et ceux qui l’instrumentalisent. De plus, si la manigance fonctionne si bien, c’est que la ressemblance entre les articles de fake news et les articles d’information classiques est quasi parfaite : la plume est correcte, les titres sont accrocheurs, l’information semble probable, de « fake sources » sont même parfois citées. Or, dès lors que les fake news sèment un chaos médiatique lors de leurs apparitions et troublent l’ordre public et politique, il est légitime de se demander si les autorités ne devraient pas réagir, en légiférant voire même en punissant, les falsificateurs d’information. En réalité, avant de vouloir agir, on peut même s’interroger sur la seule possibilité d’action contre la fake news. 

Le fléau fake news, une maladie sans remède ?

De nos jours, à l’échelle politique, on ne parle plus de diffamation, ni de mensonge car la portée de ces calomnies n’a plus la même résonance qu’avant. En effet, Internet et les réseaux sociaux ont démultiplié considérablement la portée géographique mais aussi temporelle de l’information si bien qu’une diffamation, aujourd’hui une fake news, peut se propager en quelques fragments de secondes d’un bout à l’autre de la planète sans aucun contrôle. Il semble donc qu’une fois lancée, la fake news ne s’arrête plus ; telle une épidémie.

« The cure to eliminate fake news is that people stop reading 40-character tweets and start reading 600-page books. » 

– Piero Saruffi

Il paraît ainsi plus aisé de la prévenir que de la guérir. C’est ce que Piero Scaruffi, un conférencier émérite en sciences cognitives et en intelligence artificielle ayant fait ses classes à Harvard ou encore Stanford, nous démontre. Il écrit d’ailleurs : « Pour éliminer les fake news, le remède pour le peuple est d’arrêter de lire des tweets de 140 caractères et de commence à lire des livres de 600 pages ». C’est visiblement l’incrédulité de beaucoup qui permet au virus fake news de devenir endémique et Scaruffi nous montre bien que seule la culture, mère du discernement, peut nous prévenir des fausses informations. La lecture formate nos cerveaux à discerner le vrai du faux, et de plus, toute personne cultivée se doit de vérifier les sources liées aux articles qu’elle lit. Sans cette présence d’esprit de vérification, qui devrait être un automatisme, on se retrouve avec des personnalités politiques, telle Christine Boutin, qui citent sans sourciller le journal internet parodique et bien connu qu’est Le Gorafi. Alors, si même des personnalités politiques relayent des fake news à leur insu et sans s’en rendre compte, imaginez quelle force dévastatrice peut avoir la désinformation sur l’esprit plus malléable de la masse.

À la rapidité de circulation de l’information et au manque de discernement populaire vient s’ajouter un troisième facteur expliquant la propagation du fléau. En effet, ces dernières années, le virus fake news s’est largement développé par phagocytose de la presse et des médias classiques qui connaissent une crise profonde. Ce secteur a notamment perdu 275 000 emplois en vingt-cinq ans aux Etats-Unis et connaît une certaine méfiance populaire, si bien qu’en France seule 24% de la population pense que les journalistes sont indépendants. Dans le sillage de la presse et des médias, la fausse information rallie donc ceux qui ne veulent plus de la pensée unique et qui souhaitent renouer avec une information marginale qu’ils ont à cœur de s’approprier et de diffuser à nouveau. Quoi qu’il en soit, que la fake news soit humoristique comme celle du Gorafi, qu’elle ait une visée politique déstabilisatrice ou encore qu’elle soit là pour rapporter de l’argent à son auteur, elle existe pour nous faire penser autrement ou nous faire réagir tant bien même qu’elle soit fausse.

Punir ou laisser courir ?

Claire Wardle de First Draft a ainsi établi une typologie de « fake news », qui va du mauvais journalisme à la propagande en passant par la parodie ou le contenu politique orienté.

― Le Figaro

D’abord, il serait largement tyrannique de s’opposer à la fake news humoristique et satyrique. En effet, qui n’a encore jamais ri devant un titre ou un article publié par les journaux parodiques NordPresse, Le Gorafi, ou même encore Stade3 ? Comme on le pense, ces derniers ne sont nullement là pour désinformer mais seulement pour amuser les lecteurs. Quoi qu’il en soit, ils revendiquent clairement leur vocation parodique et préviennent ainsi le lecteur non avisé ; entraver ces médias serait donc une large erreur. On ne peut parler de la fake news en général car le terme est devenu bien trop générique et donc plutôt insignifiant aujourd’hui. C’est ce que démontre Chris Wardle de First Draft, un site web dédié à la lutte face à la désinformation : selon elle, la fake news va du mauvais journalisme à la propagande en passant par la parodie ou le contenu politique orienté. La désinformation a donc des motivations multiples. D’ailleurs, lors de l’élection américaine, on s’est, par exemple, rendu compte que des jeunes d’une ville de Macédoine avaient monté de toute pièce des fake news pour s’attirer des revenus publicitaires. Ainsi, puisque le terme de désinformation est trop réducteur, il faut à ce problème plusieurs solutions.

En revanche, la désinformation à visée politique ou mercantile doit être combattue, puis anéantie. Ici, deux acteurs majeurs ont vocation d’intervenir pour éradiquer le virus : l’Etat mais aussi le secteur privé. Premièrement, l’Etat, en légiférant ou via l’usage de la justice, se doit de condamner l’usage de la fake news puisque celle-ci s’impose comme un réel trouble à l’ordre public. Or, aujourd’hui, au nom de la liberté d’expression si chère aux grandes démocraties, française et américaine notamment, seules peu d’actions ont été menées. Pour l’instant, en France, la lutte étatique contre les fake news est encore en construction. En effet, un projet de loi a été proposé au Sénat le 30 mars dernier pour punir la diffusion de fake news d’une peine allant jusqu’à un an de prison et 15 000 euros d’amende. Cette initiative est portée par la sénatrice Nathalie Goulet dont le conseiller Dan Shefet dénonce à juste titre que « Le véritable délit est celui de diffuser de fausses informations de manière intentionnelle. Se tromper peut arriver à tout le monde. Mais si vous le faites avec une intention de nuire, notamment à des valeurs démocratiques, la situation est bien différente. ». Cet effort pour supprimer la désinformation est donc à saluer et doit se confirmer dans les temps à venir, pour que la presse et l’information regagnent la confiance populaire. Outre-Atlantique, c’est le président Trump qui, lors de sa campagne, avait déjà appelé à s’élever contre les fake news. Mais, ses réponses face aux fausses informations sont pour le moment bien trop informelles pour qu’elles ne puissent inquiéter ses détracteurs. En effet, après que des calomnies aient été diffusées par la chaîne d’information CNN sur Donald Trump, le président a seulement répliqué via un Tweet explicite comparant CNN à un « Fake News Network ».

Plus avancé dans la bataille, c’est au secteur privé que l’on doit vanter les mérites, pour sa résistance contre les fake news. Ce sont principalement les moteurs de recherche et la presse qui sont montés au créneau. Par exemple, pour l’élection présidentielle française de 2017, Google News Lab et First Draft avaient lancé un site nommé CrossCheck dont le but était de regrouper toutes les fake news rencontrées sur le net à propos des élections, puis prouver leur fausseté. Comme son confrère Google, la fondation Mozilla vient de lancer en août 2017 des outils pour permettre à ses utilisateurs de repérer la désinformation. La solution se nomme Mozilla Information Trust Initiative (MITI) et permet aux internautes de décrypter les informations vues sur le net, elle sert aussi à financer des recherches universitaires sur le phénomène fake news.

Mais le système de lutte le plus innovant reste Decodex, un site développé par le journal français Le Monde. Decodex s’appuie sur une base de données de plus de 600 sites web internationaux et qui permet de classer un URL rentré par un utilisateur dans l’une des cinq catégories définies par Le Monde. Les catégories sont les suivantes : les sites parodiques sont en bleu (ex : Le Gorafi), les sites collectifs ont une pastille grise (ex : Wikipédia), les sites complotistes, trompeurs et non fiables sont signalés en rouge (ex : le portail IVG.net), en orange on peut trouver les sites peu fiables ou biaisés (ex : FdeSouche) et finalement en vert sont représentés les sites très fiables. Ce système est interactif et clair pour l’utilisateur. De plus, lorsque des recherches reviennent régulièrement, des journalistes du Monde, « Les Décodeurs », prennent le temps de s’informer puis d’écrire un article pour savoir si l’information est juste ou erronée. Tout de même, une question reste en suspens : un journal est-il vraiment légitime pour juger ses concurrents ?

Ainsi, malgré la croissance phénoménale des fake news aujourd’hui, on remarque qu’un élan citoyen se développe en parallèle pour limiter leur déploiement. Ce rejet de l’obscurantisme marque un pas positif supplémentaire vers un retour à nos chers médias traditionnels.

Finalement, la recrudescence de la désinformation ne doit pas être sous-estimée et doit ainsi être atténuée. Aujourd’hui, ce qui inquiète les chercheurs est le manque de contrôle que nous pouvons avoir face aux auteurs de fake news ainsi que l’omission populaire trop récurrente de vérification des sources. En revanche, l’impact sur les opinions de chacun n’est pas aussi important que ce que l’on peut penser. En ce sens, Pascal Froissart de l’Université Paris VIII, indique que la désinformation permet le plus souvent « de détourner l’attention sur un non sujet » au dépit des sujets de fonds qui sont logiquement plus importants.

SOULIER Thomas