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     Buenos Aires, jeudi 10 décembre 2015, le soleil brille sur la ville, capitale fédérale de la République Argentine. Dans les rues la fête bat son plein. Le pays s’apprête à accueillir son nouveau président Mauricio Macri, élu contre toute attente le 22 novembre dernier face au candidat du Front Pour la Victoire (FPV), Daniel Scioli. La journée est historique pour le pays qui pour la première fois depuis près d’un siècle, voit un candidat ne faisant ni partie de la mouvance péroniste (Héritière de Juan Domingo Perón, chef d’Etat argentin de 1946 à 1955 et de 1973 à 1974, souvent jugée populiste, elle prône une Argentine socialement juste, économiquement libre et politiquement souveraine), ni du parti Union Civique Radicale (UCR), accéder à la plus haute fonction de la nation.

 

La foule fête l’arrivée du nouveau président Mauricio Macri 

     A travers la foule en liesse, Mauricio Macri se dirige en compagnie de son épouse vers La casa rosada (Le palais présidentiel) pour recevoir les attributs du pouvoir : le bâton et le bandeau présidentiels. Dans le palais, le roi retiré d’Espagne Juan Carlos ainsi que tous les chefs d’Etats sud-américains l’attendent ; tous sauf… Cristina Fernandez de Kirchner ! L’exprésidente du pays n’ayant pas souhaité être là pour réaliser la passation du pouvoir comme le veut la tradition, a quitté le palais la veille. Ce dernier geste de Cristina Fernandez de Kirchner, n’est-il finalement pas une bonne raison de ne pas pleurer pour votre présidente peuple argentin ?

Mauricio Macri, qui es-tu ?

Mauricio Macri lors d’un meeting 

    Mauricio Macri n’est pas un inconnu pour les argentins, bien au contraire. Né le 8 février 1959, son père est un riche homme d’affaire italien qui a connu un grand succès dans le secteur industriel et automobile. Pour sa part, il poursuit des études d’ingénieur dont il obtient le diplôme. Cette trajectoire le différencie d’une longue lignée d’avocats au sein de la classe politique argentine et fait de lui un gestionnaire reconnu.
    L’événement qui le place en haute estime dans le cœur d’une grande partie des argentins est sa présidence du club de foot Boca Junior (Club de foot de Buenos Aires, extrêmement populaire en Argentine) de 1995 à 2007, avec lequel il obtient de bons résultats ; preuve que déjà il sait gérer des équipes. Autre fait d’arme important dans sa carrière, lorsqu’il devient en 2007 maire de la ville de Buenos Aires, poste qu’il occupe jusqu’au 15 décembre 2015, en devenant président de la République d’Argentine. Son action principale dans cette fonction est une politique des transports de grande ampleur dans le but de désengorger la ville qui compte près de 3 millions d’habitants. (Création de 133 stations « Métrobus » ; promotion des transports respectueux de l’environnement avec la mise en place de 200 stations vélos « Ecobici » ; construction de nouvelles rames de métros).
      Si on devait coller une étiquette à Mauricio Macri, on peut dire que c’est un homme politique de centre droit, membre du parti Propuesta Republicana (PRO). Dans le but d’obtenir davantage de voix lors du premier tour des élections présidentielle le 25 octobre 2015, le futur président de la nation décide de créer une coalition de partis de centre-droit, non-péronistes (Propuesta Republicana (PRO), Union Civica Radical (UCR), Coalicion Civica ARI) sous le nom de « Cambiemos » (« Changeons ») dont il prend la tête après les primaires du 9 août 2015, en récoltant plus de 80% des voix.
Mauricio Macri incarne le changement pour l’Argentine, ses promesses électorales ont souvent été jugées vagues et obscures en termes d’explications sur leur réalisation. Néanmoins, c’est bien lui qui remporte les élections présidentielles face à Daniel Scioli, qui semble avoir été pénalisé par son rapprochement avec l’ex-présidente Cristina Fernandez de Kirchner, qui l’a désigné comme son successeur. Finalement, après 12 années de kirchnérisme aux résultats plutôt mitigés, l’Argentine voulait tourner la page.

 

Mauricio Macri recevant le bâton et le bandeau présidentiels le jour de l’investiture

L’Argentine ou 12 années de populisme…

          Il est difficile d’évoquer les douze ans qu’ont passé la famille Kirchner (Nestor Kirchner (2003-2007) ; Cristina Fernandez de Kirchner (2007-2015)), sans mentionner le populisme. Le populisme n’est pas uniquement présent en Argentine, au contraire, il se retrouve dans le continent sud-américain, comme au Venezuela et en Bolivie. Les Kirchner ont durant toutes ces années mené des politiques clientélistes qui ne faisaient que favoriser les agglomérations, où se trouvent leurs principales sources de votes. Ainsi ont-ils durant leurs trois mandats défini des ennemis intérieurs : les grands propriétaires terriens, à qui ils ont fait supporter des taxes faramineuses. Ces taxes ont peu d’effets positifs pour les gens du « campo » (champ), les infrastructures de transport manquent dans l’intérieur du pays. Dans la région du fleuve Paraná, la capacité du transport fluvial n’est que de 65%, alors que l’endroit compte en grande partie sur la voie navigable pour rejoindre l’océan. De plus, depuis 2007, et la montée en flèche des prix des matières premières, le gouvernement argentin taxe jusqu’à 35% les exportations de soja. Aussi ont-ils fait preuve de démagogie lorsqu’ils ont lancé une grande politique de « viande argentine pour les Argentin », en maintenant des prix d’achat bas, alors que les éleveurs ont vu le prix des matières premières, nécessaire pour nourrir leur cheptel, grimper depuis 2003. Cette initiative n’a fait que fragiliser l’élevage argentin ; d’après le Département Américain de l’Agriculture (USDA), en 2009, l’Argentine était le 4ème exportateur de viande au monde avec 621 000 tonnes ; aujourd’hui elle est sortie du top 10 avec moins de 150 000 tonnes exportées. Selon Miguel Schiariti, président de la Chambre de l’Industrie et du Commerce de Viandes de la République Argentine (CICCRA) chargé de la promotion de la viande Argentine, considérée par certains comme la meilleure du monde ; 92% de la production de viande est réservée au marché intérieur, ce qui représente une perte pour les marchés internationaux.
    Grâce aux taxes sur les exportations, liées à un contexte de prix des matières premières élevés, le gouvernement Kirchner a pu poursuivre sa politique clientéliste en redistribuant cette manne aux plus démunis. Ainsi, 40% de la population reçoit une pension de l’Etat, parfois sans avoir cotisé. Ce nombre a doublé sous la présidence Kirchner. Cette politique a laissé croire que le taux de pauvreté en Argentine avait baissé, comme dans le reste des pays sud-américain. C’était sans compter sur le contrôle que Cristina Fernandez de Kirchner a eu sur l’Indec (Institut officiel des statistiques), qui pour préserver la popularité des politiques gouvernementales, a publié des statistiques fausses que ce soit sur le niveau d’inflation ou sur le taux de pauvreté. En 2013, l’Indec annonce que le taux de pauvreté en Argentine est de 4,7%, alors même que le Danemark, pays le mieux classé selon l’Observatoire des inégalités, enregistre un taux de pauvreté de l’ordre de 6%. Selon l’Université Catholique d’Argentine, ce chiffre serait en réalité de 27,4%.
     Populiste, l’Argentine l’était d’autant plus ces dernières années avec l’installation d’un certain culte de la personnalité de Cristina Fernandez de Kirchner. Selon l’article 75 de la loi 26.522 des Services de Communication Audiovisuelle de 2009, le pouvoir exécutif a le droit en cas de situations graves, de réquisitionner les chaines de télévision pour discourir. Or lors de son second mandat, CFK utilisait cet usage de « Cadena Nacional » de manière hebdomadaire. Entre janvier et les élections présidentielles du 22 novembre 2015, l’ex-présidente s’en est servie à 44 reprises. Par ailleurs, les conférences de presse, exercice courant dans n’importe quel pays démocratique, ont eu lieu rarement, voire plus du tous les dernières années du mandat. Ainsi, les argentins écoutaient ce que le gouvernement leur proposait, s’appuyant sur les chiffres faussés de l’Indec, tandis qu’il leur était impossible d’interroger de manière directe la chef de l’Etat.
     Cristina va manquer dans le cœur de nombreux argentins qui voyaient en elle la femme qu’était Evita Perón, proche des plus démunis et qui chantait au peuple d’Argentine, sous les traits de Madonna dans le film d’Alan Parker : Evita, « Don’t cry for me Argentina »… Toutefois, il y a bien quelques personnes qui ne pleureront pas ce départ, il s’agit bien évidemment de la relève !

 

¡ Adios Cristina !

La longue route du président Macri…

           Lors de sa campagne présidentielle, Mauricio Macri a promis un changement dans la gestion du pays. Mettre fin à des années de mauvaise gestion est l’un de ses objectifs. Sa première mission d’envergure concerne l’économie. L’Argentine fait actuellement partie des 10 pays où le taux d’inflation est le plus élevé au monde. Depuis 8 ans, la hausse des prix varie entre 25% et 35%. Tous les économistes vous diront qu’un taux raisonnable d’inflation est bon pour l’économie, or s’il est trop élevé comme en Argentine, il ronge les économies des plus démunies. Ceux-ci n’ont d’autre solution que de dépenser leur argent de peur que les prix ne cessent d’augmenter. Peu à peu, les argentins ont commencé à ne plus du tout avoir confiance en leur monnaie nationale, el peso et ont privilégié le dollar américain qui sert de monnaie refuge, car sa valeur fluctue moins. Or depuis octobre 2011, Cristina Fernandez de Kirchner a instauré un contrôle des changes, « el cepo » pour freiner l’effritement des réserves de devises internationales au sein de la Banque Centrale. Ce mécanisme a rendu très compliqué le retrait de dollars américains, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises, entrainant une chute du commerce extérieur. De plus, cette mesure a été vaine pour stopper la fonte des réserves de devises, qui aujourd’hui sont à leur niveau le plus bas en une décennie avec 125 millions de dollars américains.
       Ce phénomène contradictoire se résume par la politique de l’ex-présidente, aussi bien sur le plan économique que sur le plan des relations internationales. Depuis la crise de décembre 2001, lorsque l’Argentine s’est retrouvée en cessation de paiement face à ses investisseurs, le pays ne peut plus emprunter d’argent auprès des grandes institutions comme le Fond Monétaire International (FMI) et ce jusqu’à ce qu’il rembourse ses créanciers. D’après des estimations des Nations Unis, en 2014 les investissements étrangers en Argentine ont chuté de 41%. Cristina Fernandez de Kirchner n’a jamais, en 8 ans de présidence, accepté un quelconque arrangement pour rembourser la dette, plaçant l’Argentine au rang des mauvais élèves en qui on ne peut pas avoir confiance. Mauricio Macri va devoir se battre pour changer l’image.
            L’autre raison qui a causé la perte de devise malgré « el cepo » imposé, est que le gouvernement Kirchner a pendant des années spéculé sur la monnaie nationale, la maintenant à une valeur illusoire de 9,80 peso = 1$. Cette illusion s’est confirmée le 16 décembre 2015 lorsque le gouvernement Macri, par l’initiative du ministre de l’économie Alfonso Prat-Gay, a levé « el cepo », mettant fin au contrôle des changes. Le même jour, le peso argentin a perdu de sa valeur en passant de 9,80 peso = 1$ à 13,30 peso = 1$. (ndlr : il est actuellement autour de 13,90 peso = 1$).
         Dans la perspective de marquer la différence avec le gouvernement précédent, celui de Macri compte bien inverser la taxation punitive exercée sur les grands propriétaires terriens argentins, mentionnée plus haut. Par une telle mesure économique, le gouvernement prend le risque de percevoir moins de devises récoltées par le biais de la taxation, mais permet aux exploitants terriens et aux éleveurs de relancer leurs exportations et de redonner confiance au marché international. De la confiance, Mauricio Macri devra en faire naître chez de potentiels investisseurs, car l’Argentine a besoin d’agent, beaucoup d’argent, pour lancer une politique de grands travaux notamment en termes de rénovation des moyens et des réseaux de transports.
              Sur la scène internationale aussi Mauricio Macri souhaite marquer un virage à 180 degrés par rapport aux Kirchner. La première initiative est de renouer des partenariats économiques solides avec l’Union Européenne et les Etats-Unis en cessant de les considérer comme des ennemis extérieurs qui voudraient uniquement exploiter les matières premières de l’Argentine. Par son élection, Mauricio Macri, plutôt de droite, perturbe l’échiquier politique sud-américain dominé par la gauche depuis le début du XXIème siècle. Il a d’ailleurs précisé qu’il cesserait l’amitié que l’Argentine entretient avec le Venezuela, si le président Nicolás Maduro ne respectait pas la liberté d’expression dans son pays. (Au Venezuela, le leader de l’opposition ainsi que de nombreux journalistes de l’opposition sont en prison).
           Enfin, le grand projet de Mauricio Macri durant ses quatre années au pouvoir est de réformer le système éducatif argentin. Avec son ministre de l’éducation Esteban Bullrich, il compte mettre en place « la Revolución Educativa ». Avant de développer son programme, il est important de rappeler quelques données. Selon Esteban Bullrich, le gouvernement argentin depuis plusieurs décennies, mais davantage depuis ces dernières années, a transformé le système éducatif argentin en une institution frauduleuse. D’après lui, la moitié des argentins de 18 ans obtient un diplôme du cycle secondaire. La moitié de ces diplômés ne serait toutefois pas en capacité de comprendre et d’interpréter un texte écrit dans un espagnol simple. 1/10ème des jeunes argentins obtient un diplôme universitaire, et si l’on fait partie du quintile le plus pauvre, seul 1/100ème obtient un diplôme universitaire. La dépense en éducation pour la République Argentine est de 5% de son PIB selon les chiffres de la Banque Mondiale, il est de 5,5% pour la France. Pour autant, le système éducatif argentin est l’un des plus inégalitaires des pays développés. Pour mettre fin à ce déclin, la révolution éducative proposée par Mauricio Macri et Esteban Bullrich passe par :
> Une évaluation des élèves, pour pouvoir corriger ce qui ne fonctionne pas et poursuivre ce qui marche.
> Travailler main dans la main avec les enseignants. Améliorer leur matériel éducatif, leur donner un meilleur salaire, leur permettre un meilleur accès à la connaissance.
> Le programme « Familles à l’école ». La réussite scolaire passe aujourd’hui par le niveau d’éducation des parents. Comme les chiffres le montrent plus haut, il est 10 fois plus difficile pour un jeune de milieu modeste d’obtenir un diplôme universitaire. En Argentine, même dans la famille on a abandonné l’école. Cette dernière n’est plus vue comme le moyenne de réussir, dans un pays où réussissent les plus malins et non les plus diplômés. Cette transformation des mentalités est perceptible dans le langage des jeunes. Quand avant on qualifiait un bon élève de maestro, aujourd’hui on le traite de chapo (Chef d’une organisation douteuse). Le premier représente la profession d’une personne dévouée à transmettre un savoir, le second illustre la culture de la malignité, bien ancrée dans la société argentine. Par ce programme, le ministère de l’éducation permet aux parents qui n’ont pas terminé leur cycle secondaire, d’obtenir leur diplôme, pour pouvoir par la suite aider leurs enfants une fois à la maison. Cette mesure déjà existante dans la ville de Buenos Aires, depuis la mandature de Mauricio Macri à sa tête, compte en juin 2015 près de 370 000  participants. (7 millions d’adultes n’ont pas fini le cycle secondaire en Argentine sur une population de 43 millions d’habitants).
> La récupération de la valeur éducation en Argentine. Sarmiento, président de la République Argentine de 1868 à 1874 disait : « Tous les problèmes sont des problèmes d’éducation ». Sarmiento, suivi du président Avellaneda, ont mis en place une politique pro éducation qui ont permis à l’Argentine 30 ans plus tard d’intégrer le top 10 des nations les plus prospères au monde.
« Celui qui n’est pas éduqué ne demande pas d’éducation car il n’en connait pas la valeur ». Sarmiento.
L’Argentine est depuis longtemps sortie du pôle des nations les plus prospères au monde. Elle possède les capacités pour le redevenir. 8ème plus grand pays au monde, elle est riche en terres agricoles, sources de bénéfices. A Mauricio Macri de gérer l’opposition au Sénat et à l’Assemblée pour relever le défi d’une Argentine riche, sans pauvreté et où il fait bon investir.«¡Si se puede!»
Le drapeau argentin flotte après la victoire de Mauricio 
Luca Beltrami