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De retour pour une critique ciné interactive avec ma deuxième grosse claque cinématographique depuis mon arrivée à Toulouse: Gone Girl! Avant d’expliquer en quoi ce film m’a surpris et captivé, voici le pitch:

      Amy et Nick Dunne semblent former un couple parfait et vivent parmi le gratin de Manhattan. Mais très vite à cause de problèmes professionnels puis familiaux, ils sont contraints de quitter New York et de retourner dans le Missouri où vit la famille de Nick. Le jour de leur cinquième anniversaire de mariage, Amy disparaît mystérieusement et Nick retrouvant sa maison dans un sale état craint le pire pour sa femme. Il appelle la police immédiatement mais certains indices  et son caractère apathique face à la gravité de la situation vont très vite faire de lui le suspect principal et l’ennemi public numéro un des médias.

De grandes attentes!

Je l’attendais avec impatience! En effet je fais partie de la génération qui a été marquée  par le cinéma de Fincher. J’ai grandi d’abord avec  Seven sorti en 1995 qui a notamment lancé la carrière de Brad Pitt puis avec le chef d’œuvre: Fight Club, sorti en 1999 qui est classé aujourd’hui 5ème meilleur film de tous les temps par IMDB, rien que ça! Ce que j’aime dans la réalisation  de Fincher comme dans celle  de Nolan d’ailleurs, c’est le ton toujours décalé, la richesse de l’intrigue et la pâte atypique que ces réalisateurs mettent dans leurs films. Ces réalisateurs mondialement connus créent ainsi ce que l’on pourrait appeler selon moi,  des « blockbusters complexes » ou qui donnent matière à réflexion. Aussi attendais-je de voir quels résultats allaient donner la  nouvelle collaboration de David Fincher avec les compositeurs Trent Reznor et Atticus Ross après le succès de the Social Network (2010). J’ai adoré Gone Girl, même si je conçois que ce film puisse surprendre au départ, on est vite transporté par la mise en scène millimétrée du réalisateur américain.

(attention le paragraphe suivant comporte des spoilers!)

un Hitchcock moderne?

Pas vraiment! Ce film annoncé comme un thriller surprend comme je l’ai dit. On est loin des thrillers à l’atmosphère glaciale, au suspense intense. On est bien loin par exemple du morbide Seven. Le génie de ce thriller ne réside pas tant dans le suspense comme dans le cinéma d’Hitchcock mais plutôt dans cette atmosphère pesante, entre le tragicomique et le vrai thriller. Certaines situations peuvent sembler absurdes dans le cadre d’un tel drame.  Par exemple, Amy a disparu, mais Nick reste apathique. Les réponses qu’il apporte aux enquêteurs font presque sourire, on rit même du manque de  finesse ou de discrétion de celui qu’on croit au départ être le meurtrier de sa femme. C’est donc la qualité des dialogues qui nous fait sourire. Les échanges  , entre la police et Nick, puis  entre les parents d’Amy et Nick , animent cette première partie du film (la première heure disons) que l’on aurait pu renommer « Looking for the amazing Amy ».  La recherche d’Amy et l’enquête qui  auraient pu être racontées de manière tragique nous font sourire, voir nous choquent pendant la première heure.      Je m’explique: les parents d’Amy vont lancer de grandes investigations sur tout le territoire national en mobilisant les fans de la saga à succès écrite par leur fille: « the Amazing Amy » mais  ils adoptent  une attitude déconcertante, en effet ils surjouent et veulent donner l’image d’un couple uni bouleversé par la disparation de leur fille et proche de leur gendre Nick. Tous les personnages semblent plus attachés à leur apparence qu’à la recherche de la disparue dans cette affaire qui va être saisie par les médias. Une scène qui illustre bien cette idée est celle du cocktail organisé par les parents d’Amy où Nick est contrait de prendre une photo avec « une groupie » qui l’avait vu passer à la télévision.  Le sur-emballement médiatique autour de cette affaire donne un aspect de plus en plus théâtral à l’enquête. On a l’impression que ce qui compte le plus pour les médias c’est « d’abattre Nick en place publique », en dévoilant sa vie privée, les erreurs qu’il a pu commettre, et en  l’accusant, bafouant du même coup la présomption d’innocence chère à la justice américaine.

Un drôle de thriller :

Pourtant malgré le caractère presque comique des dialogues ou des situations, on retrouve des codes de mise en scène propres aux thrillers. Par exemple pour créer une ambiance oppressante Fincher recourt au procédé dit du « cadre bouché ».

Exemple:

Ici l’utilisation du procédé est bien visible. Il n’y aucun point de fuite dans le décor en arrière plan du personnage. Nick est encerclé par l’image de sa femme disparue en bas à gauche,  ses beaux-parents en bas à droite le plafond en arrière plan.
La musique renforce cette atmosphère de thriller atypique. Selon moi, elle s’apparente dans les mélodies  à un mix étonnant entre une musique proche de celle de Desperate Housewives et  une plus proche de celle de  Seven

Un scénario à la fois prévisible et désarçonnant (spoiler énorme):

On comprend très vite que Nick n’a pas tué sa femme et qu’Amy a tout mis en scène pour le faire accuser bien que cela ne soit explicité qu’après un long moment. Mais ce qui devient intéressant, c’est de voir alors  à l’œuvre l’intelligence machiavélique d’Amy dans sa mise en scène puis sa réaction face à la tournure imprévisible que va prendre cette affaire. Notamment lorsque Nick qui a réussi plus ou moins à prouver son innocence et à  gagner un statut de repenti médiatique va lui demander en direct devant des millions de téléspectateurs de rentrer dans leur « nid d’amour ». Amy est prête à tout pour défendre son image de petite fille modèle malgré les atrocités qu’elle a pu commettre et pour cela elle commet des crimes encore plus grands. On a donc un crescendo d’intensité du début de la deuxième heure  à la fin du film. L’acmée  est atteinte lors de la scène du meurtre commis par Amy qui rivalise en intensité avec les plus belles scènes de Basic Instinct.

« Je ne suis pas un anarchiste, je vis entre les murs du royaume. Mais j’aime être dérangé par un film »

C’est ainsi que s’est lui même décrit David Fincher dans le GQ du mois d’Octobre dernier. Avec Gone Girl on peut dire qu’il a réussi à faire un film « qui dérange », pour sa tonalité mais aussi pour son contenu. Il est impressionnant en effet de voir la variété des thématiques traitées dans ce film.
Il y a  d’abord une critique  de la vie de couple et des liens du mariage dans nos sociétés modernes.
Ce film donne l’image d’une relation qui se détériore progressivement, une fois que « les masques sont tombés », que chaque amant découvre les défauts qui avaient été habilement cachés par l’autre.
Tout est une question de mise en scène finalement: la mise en scène du réalisateur, la mise en scène d’Amy pour faire accuser son mari, la mise en scène des parents pour donner l’image d’une famille soudée, la mise en scène de Nick pour cacher son adultère et enfin la mise en scène concoctée par l’avocat de Nick pour le tirer d’affaire. Tout le monde joue avec les apparences, pour occulter « le fond ».
Et là il est intéressant de voir que David Fincher utilise une mise en abyme qui offre un regard sur son propre travail. En effet dans sa carrière de réalisateur on lui a trop souvent reproché de privilégier la forme plutôt que le fonds…
Enfin Fincher donne l’image d’un monde où seul les apparences comptent: il faut faire « bonne figure » dans sa vie de couple, dans la tourmente, sur la scène médiatique, sur les réseaux sociaux et dans les tribunaux. Ce monde peut sembler caricatural et relever de la pure dystopie , pourtant en y réfléchissant bien il s’agirait plutôt d’une description naturaliste de notre monde actuel. Le voyeurisme des médias, leurs pratiques intrusives dans ce film ne sont pas tellement différentes de celles utilisées par certaines chaines de télévision de nos jours.
Aussi, déjà Sartre dénonçait cette société des apparences et « l’enfer des autres ». Selon lui, nous sommes en perpétuelle représentation, et la conscience que nous avons de nous même n’est que la synthèse des jugements qu’autrui a porté sur nous. En d’autres mots, nous ne nous connaissons qu’au travers du regard des autres, ce qui nous asservit en quelque sorte car pour que nous ayons une bonne image de nous même, il faut que nous soignons notre image auprès des autres avant tout.