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C’est avec un sentiment particulier que tous les amoureux de sport voient s’embraser une nouvelle fois la flamme olympique. Après une aventure pékinoise éminemment politique salie par de nombreuses polémiques, le rêve olympique semblait renaître aux Jeux de Londres 2012, dans une atmosphère jouissive et chaleureuse dont les anglais ont le secret.

Mais à Sotchi, ce rêve qui fait la beauté des Jeux semble à nouveau mis à mal par d’incontournables considérations politiques qui reviennent le hanter, comme ce fut déjà bien trop souvent le cas à travers l’histoire. En respirant l’étouffante atmosphère qui entoure ces jeux, il est bien difficile d’y retrouver les senteurs envoutantes du mythe olympien. En effet, que reste t-il du sport ? De l’exaltation des performances extraordinaires d’hommes et de femmes ordinaires ? De la communion universelle à travers les valeurs olympiques ? Pas grand chose. Et ce n’est malheureusement pas la première fois. Comble de la désolation, il semblerait que ces Jeux soient tout simplement le point de chute inévitable de la longue descente aux enfers de ce rêve olympique pris en otage depuis bien longtemps par le capitalisme et les idéologues de tout bords.

Initialement réservés aux amateurs, les Jeux ont été pensés comme le triomphe de la performance sportive pour elle-même. Cette utopie a rapidement été détruite par le capitalisme et son pragmatisme à toute épreuve, qui n’a pas manqué l’occasion de rappeler que le sport se nourrit malgré lui avant tout d’argent. Bien sur, cette déferlante d’argent qui s’en suivit n’eût d’autres conséquences que la prostitution de l’utopie sportive des Jeux à une société capitaliste bien peu soucieuse de l’idéal qu’ils portent. Mais cet idéal parvint à survivre à cette transformation, arborant fièrement ses valeurs devant un monde désenchanté enclin à se laisser emporter à ce rêve unique. Peu importe que celles-ci ne soient plus en accord avec la réalité de Jeux souillés par le capitalisme financier, les peuples continuaient à y voir l’exaltation de l’idéal olympique.

Aujourd’hui, le tour de magie prend fin et le rideau s’ouvre. Après plusieurs éditions de plus en plus contestées, celle de Sotchi apparaît définitivement comme celle de trop, et qu’elle porte l’appellation de « jeux les plus chers de l’histoire » n’est qu’un détail sordide de plus. Cette station et ces infrastructures titanesques sorties de terre en quelques années sont une insulte à un pays et une région, le Caucase, où la misère reste le quotidien d’une grande partie de la population. La débauche d’argent omniprésente qui enveloppe ces Jeux achève la destruction d’un idéal déjà bien abîmé. Pour les peuples frappés de plein fouet par la crise, la pauvreté, la famine, les catastrophes naturelles et j’en passe, Sotchi n’est qu’un odieux caprice.

Un caprice de vieux européens orgueilleux, accusés d’avoir introduit les Jeux d’hiver pour rattraper leurs médiocres performances aux Jeux d’été. Cette critique qui plane sur les Jeux d’hiver depuis leur création trouve de plus en plus d’écho. Comment ne pas lui accorder de crédit lorsque l’on voit que 13 éditions sur les 22 se sont déroulées en Europe et que jamais un pays du Sud n’a organisé ces Jeux ? Mais surtout un caprice de milliardaire. Un caprice de mégalo. Celui d’un homme, Vladimir Poutine, dont l’ombre quasi-démoniaque planera à jamais sur ces Jeux.

Vladimir Poutine est un jusqu’au-boutiste. Il est habité par un rêve qu’il compte bien réaliser : redonner à la grande Russie sa splendeur d’antan. Pour les idéologues forcenés de son espèce, la fin justifie les moyens, peu importe qu’ils soient pharaoniques. Pour garantir un semblant de sûreté au cours de ses Jeux, son régime a déployé un arsenal sécuritaire digne d’une cité en état de siège : policiers, militaires, caméras, espionnage, interceptions des communications, barrages routiers et maritimes, équipement anti aérien… Il a fait peser sur ces Jeux un climat de méfiance général, à tel point que certains habitants de Sotchi ont quitté leur cité pour la durée des jeux, asphyxiés par l’atmosphère nauséabonde qui y plane. Pendant qu’il y parade fièrement, prions pour que le monde n’oublie pas qu’à quelques centaines de kilomètres, des régions entières ont été ravagées par son impérialisme destructeur.

L’asservissement du mythe olympique aux intérêts politiques et économiques des puissants de ce monde menace plus que jamais sa pérennité. Sa mort signifierait la fin de ce qui est peut être la dernière utopie de ce monde. Une utopie qui voit le triomphe de valeurs universalistes comme lors de la victoire de Jesse Owens dans le Berlin d’Hitler. Une utopie qui exalte la pureté de la performance sportive comme lors de la victoire de Bikila, pieds nus dans les rues de Rome en 1960. Une utopie qui passione, fascine et enchante les Hommes.